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Un
Mariage Prédestiné
tiré
du livre "Le Maguid parle..." d'Israël
Spiegel
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Le
Rachach, Rabbi Chmouel Straschun, est une personnalité
connue de tous et sa réputation n'est plus à
faire. Talmid 'Ha'ham de renom (il a laissé
un commentaire sur presque tout le Chass, qui accompagne
la plupart des éditions du Talmud), il était
également très riche, et il était
aussi très apprécié de ses comtemporains
pour son bon cœur et sa générosité.Il
cherchait à aider ses frères moins bien
lotis et, outre l'argent qu'il leur donnait de sa propre
poche, c'est lui qui tenait la caisse communautaire
de prêts -sans intérêts-, ce qui
va sans dire, afin de faire, selon la recommandation
de nos sages, du bien avec sa propre personne et
ne pas se contenter de n'en faire qu'avec son argent. Les
solliciteurs étaient toujours très aimablement
reçus, le Rachach inscrivait scrupuleusement les
sommes empruntées, fixait les échéances
et, le moment venu, s'occupait également de recouvrir
les dettes. Les sommes étaient parfois importantes
: le Rachach, dans ce cas, n'hésitait pas à
se montrer sévère si les emprunteurs ne
respectaient pas leurs engagements, quitte à
les aider en privé s'il le fallait.
Après
ce bref aperçu de la personnalité du Rachach,
on s'attendrait sans doute à ce qu'un homme aussi
comblé, riche et respecté, choisisse pour
sa fille un jeune homme réputé pour son
érudition. Or, il n'en était rien... Le
gendre du Rachach était un jeune homme d'une
érudition moyenne et n'atteignait certainement
pas le niveau de connaissances que le Rachach eût
été en droit d'exiger de tout prétendant.
Comment
le Rachach avait-il fixé son choix ?

Commençons
par le début. Le Rachach, comme nous l'avons
dit, tenait la caisse de prêts. Il se faisait
toujours un devoir d'inscrire immédiatement toute
entrée ou sortie et de tenir son carnet à
jour, et exigeait des emprunteurs qu'ils respectent
leurs engagements. il n'oubliait jamais d'effacer une
dette lorsqu'elle avait été remboursée,
entièrement ou en partie -dans ce cas il ouvrait
immédiatement un autre compte pour le restant
de la dette, et il consultait régulièrement
ses carnets pour vérifier qui avait remboursé
ses dettes et qui devait encore de l'argent. Bref, ses
carnets, étaient tenus avec une méticulosité
qui tenait de la manie !
Un
tailleur vint un jour solliciter un prêt assez
important. Il expliqua qu'il se trouvait momentanément
en difficulté : quelques centaines de roubles
pour quelques mois le tireraient d'affaire. Le Rachach
lui fixa une date pour l'échéance qu'il
inscrivit, comme à l'ordinaire, dans son carnet
de comptes.
Quelques mois plus tard, on
frappe chez le Rachach. Celui-ci est plongé dans l’étude d’un passage très
compliqué de la Guemara. Le front entre les mains, les sourcils froncés, il
réfléchit.
Il ouvre un livre, le lit avec attention, puis en ouvre un autre. On frappe avec
insistance…
«-Entrez ! s’écrie le Rachach.Le Gadol qui a répondu d’une
façon automatique, ne s’est pas vraiment rendu compte que le tailleur est
entré, et qu’il se tient près de la porte, attendant timidement qu’on le
remarque : il ne voudrait pas déranger le Rav, mais l’échéance est arrivée, et il
veut se débarrasser de sa dette. Le Rachach continue à réfléchir. Inconsciemment
cependant, il sent une présence étrangère.-Oui?
- C’est pour le prêt, explique
le tailleur. Mais je ne veux pas vous déranger. Tenez, je pose l’argent, là,
sur la table. Vous pouvez compter, la somme y est.
- Le Rachach prend la liasse de
billets et la compte distraitement. Merci beaucoup, dit-il au tailleur.
Je l’inscrirai tout à l’heure.
-
Au revoir, et
excusez-moi encore de vous avoir dérangé.»
Le tailleur parti, le Rachach,
recommence à réfléchir avec une intensité accrue. Il relit le passage qu’il
vient de consulter. Non, décidément, ce n’est pas réponse qu’il cherche. Avec
un claquement sec, le Rachach referme le livre et en même temps, ferme sur lui
les billets qu’il a glissés, sans faire attention, entre les pages du volume.
Il faut qu’il comprenne parfaitement ce passage! De longues heures, le
Rachach se concentre: rien d’autre n’existe plus pour lui. Il a oublié le
tailleur, il a oublié les billets… Rien ne l'intéresse plus
que la question qui le préoccupe. Lentement pourtant, ...il sent qu’il progresse...
il commence à
percevoir le problème dans son ensemble… A la fin de la matinée, enfin, le
Rachach se lève, satisfait…
Il prend les différents livres qui l’ont aidé dans
sa démarche, et les remet soigneusement à leur place.
Incroyable, mais vrai, le
Rachach, si scrupuleux d’ordinaire, dont le soin à inscrire sans tarder les sommes
les plus minimes, est légendaire, a oublié d’inscrire que Rabbi Zalman a
remboursé sa dette…
Il ne se souvient de rien,
comme un rêve qui s’évanouit au réveil sans laisser le moindre souvenir.
Incroyable… Les voies de la
Providence Divine…
Quelques semaines plus tard, le
Rachach remit ses comptes à jour. Tiens, le tailleur n’avait pas payé sa dette?
Peut-être était-il dans la gêne? Le Rachach décida d’attendre encore un
peu. Mais voyant que le temps passait, il convoque son débiteur :
«- Que se passe-t-il?
Pourquoi n’avez-vous pas payé votre dette? L’échéance est passée depuis
longtemps, et j’ai attendu plus que de coutume… Vous êtes dans l’embarras,
peut-être?
- Ma dette? Bégaie, le
tailleur, mais… je l’ai remboursée, j’ai apporté toute la somme le jour convenu!
- Comment?
- Mais oui, souvenez-vous!
Vous étiez absorbé, j’ai laissé l’argent sur la table.
- Vous osez prétendre que vous
me l’avez remboursée, que vous l’avez mis sur la table! Non, mon ami,
vous ne m’avez rien rendu! Mais je veux bien attendre encore un petit
moment, puisque cet argent semble vous faire défaut. Seulement, soyez gentil,
ne me racontez pas d’histoires!
- Mais, je ne raconte pas d’histoires,
insiste le petit tailleur ulcéré. Je vous ai remis l’argent!
- Vous ne m’avez remis aucun
argent: voyez le registre! Vous savez bien que j’efface toujours
les dettes dès qu’elles sont remboursées. Je n’ai jamais reçu d’argent. N’insistez
pas!!! Je vous laisse encore deux semaines, déclare le Rachach. Mais si
vous refusez de rembourser, je vous convoque au Beth Din! La caisse de
prêts ne m’appartient pas, et je ne peux pas accepter de lui laisser perdre une
somme pareille.»
Voyant que toute discussion était
inutile, le tailleur se tait. Il est mortifié.
La
parole du tailleur contre celle du Rachach...
Le
tailleur affirmait avoir payé sa dette mais il
n'avait pas de témoin : le Beth Din trancha donc
qu'il devait prêter serment. Quelques semaines plus tard, le
Rachach remit ses comptes à jour. Tiens, le tailleur n’avait pas payé sa dette?
Peut-être était-il dans la gêne? Le Rachach décida d’attendre encore un peu.
Mais voyant que le temps passait, il convoque son débiteur :
«- Que se passe-t-il? Pourquoi
n’avez-vous pas payé votre dette? L’échéance est passée depuis longtemps, et
j’ai attendu plus que de coutume… Vous êtes dans l’embarras,
peut-être?
- Ma dette? Bégaie, le tailleur,
mais… je l’ai remboursée, j’ai apporté toute la somme le jour
convenu!
- Comment?
- Mais oui, souvenez-vous! Vous
étiez absorbé, j’ai laissé l’argent sur la table.
- Vous osez prétendre que vous me
l’avez remboursée, que vous l’avez mis sur la table! Non, mon ami, vous ne
m’avez rien rendu! Mais je veux bien attendre encore un petit moment, puisque
cet argent semble vous faire défaut. Seulement, soyez gentil, ne me racontez pas
d’histoires!
- Mais, je ne raconte pas
d’histoires, insiste le petit tailleur ulcéré. Je vous ai remis
l’argent!
- Vous ne m’avez remis aucun
argent: voyez le registre! Vous savez bien que j’efface toujours les dettes
dès qu’elles sont remboursées. Je n’ai jamais reçu d’argent. N’insistez pas!!!
Je vous laisse encore deux semaines, déclare le Rachach. Mais si vous refusez de
rembourser, je vous convoque au Beth Din! La caisse de prêts ne m’appartient
pas, et je ne peux pas accepter de lui laisser perdre une somme
pareille.»
Voyant que toute discussion était
inutile, le tailleur se tait. Il est mortifié.
La parole du tailleur contre celle
du Rachach...
Le tailleur affirmait avoir payé sa
dette mais il n'avait pas de témoin : le Beth Din trancha donc qu'il devait
prêter serment.
Le tailleur, qui savait la vérité, déclara qu’il était
prêt à jurer. Mais le Rachach, certain que le malheureux, dans sa gêne, avait
inventé toute l’histoire, et se rendrait, s’il jurait, coupable d’un parjure,
fut pris de terribles scrupules: comment pouvait-il accepter de laisser un Juif
faire un faux serment, une faute extrêmement grave!
«-Je renonce à recouvrer la somme prêtée, déclara le
Rachach. Je la rembourserai à la caisse de ma propre poche.
-Mais je l’ai payé! Protesta encore une fois le
tailleur. Je suis prêt à le jurer!
- Vous n’avez pas payé! Tant pis… Mais je ne veux pas
que vous juriez! J’abandonne l’affaire!»
Le bruit se répandit bientôt, dans la ville que le Beth
Din avait obligé le tailleur à jurer, mais que le Rachach, ne voulant pas le
pousser à faire un faux serment, avait renoncé à recouvrer son argent. Les
langues, comme on se l’imagine, allèrent aussitôt bon train.
Quelle inpudence de la part du tailleur! Non seulement
il avait osé voler –on voulait bien admettre, à sa décharge, qu’il s’imaginait
sans doute que voler la caisse de bienfaisance ne s’appelait pas vraiment voler-
mais il avait, de plus, osé mettre en doute la parole du Rachach! Comment
avait-il l’audace de soutenir qu’il avait remboursé sa dette, alors que le
Rachach affirmait le contraire? C’était assez fin de sa part, d’ailleursil
était facile de prétendre que le Rachach, absorbé par l’étude, ne l’avait pas
remarqué. Sans doute avait-il espéré, s’il se montrait suffisamment
affirmatif, que le Rachach ne s’en souviendrait pas assez parfaitement pour le
contredire. C’eût été mal connaître le Rachach qui notait toujours tout avec
tellement de soin.
On commença à éviter Rabbi Zalman. Comme toujours dans
un cas de ce genre, quelques personnes zélées, affirment que c’était une mitsva
de ne plus le fréquenter. On déserta sa boutique, on cessa de lui commander des
vêtements… Le tailleur, peut à peu, vit ses affaires péricliter jusqu’à ce qu’il
se retrouve pratiquement sans le sou. Il vendit sa maison pour quitter cette
ville où son nom était devenu tristement célèbre, et alla s’installer dans les
faubourgs. Là, il réussit péniblement à se faire une maigre clientèle, gagnant
tout juste de quoi ne pas mourir de faim.
Les mois et les années passèrent.
N’est-ce pas
la Providence qui décide du moment auquel doit se produire chaque événement
?
Mais voilà qu’un beau jour, le Rachach, au cours de son
étude, eut besoin d’un ouvrage qu’il n’avait pas eu l’occasion de consulter
depuis fort longtemps. Le Rachach avait tiré le gros livre de son rayonnage et
il s’apprêtait à l’ouvrir quand, à sa stupéfaction, une liasse de billet s’en
échappa. Que signifiait cet argent?
En un éclair, toute la scène oubliée
lui revint en mémoire. La question difficile,
l'interruption du tailleur, l'argent distraitement glissé
entre les pages du livre et l'oubli, ensuite...
Mais alors?... Le malheureux tailleur! Il avait parfaitement raison! Et le Rachach qui n’avait même pas voulu le laisser jurer!
On peut aisément imaginer les sentiments qui étouffèrent le Rachach à ce moment. Comment pourrait-il jamais réparer le tort qu’il avait fait au malheureux? Avant tout, il fallait
lui demander pardon. Pour le reste…
Le Rachach s’élança aussitôt pour courir chez le tailleur. Mais celui-ci avait disparu… C’est ainsi que le Rachach apprit que sa situation difficile avait obligé Rabi Zalman à quitter laville. Plus le Rachach en entendait, plus il était bouleversé! Il se rendait compte que c’était un véritable crime qu’il avait commis, et il fallait le réparer! Sans perdre de temps, il s’employa à obtenir la nouvelle du tailleur, et il se mit en route.
- Je vous en supplie, pardonnez-moi! Éclata-t-il en sanglots dès qu’il vit Rabbi Zalman. Vous aviez raison. Vous m’aviez rendu l’argent. Je viens de le retrouver, et je me suis brusquement rappelé de ce qui s’était passé!
- Je ne peux pas vous pardonner! répondit Rabbi Zalman avec embarras. Comment pourrais-je prétendre que je vous pardonne? Par votre faute, j’ai perdu ma réputation, j’ai perdu mes clients et je suis devenu la risée de la ville. Savez-vous quels noms on me donne: voleur… brigand… menteur…
- Pourrai-je tout simplement vous pardonner, à présent, parce que vous avez fini par vous souvenir que je vous ai rendu l’argent? Vous avez raison… admit pensivement le Rachach. Je vais passer dans toutes les synagogues et les maisons d’étude de la ville pour réparer mon erreur! Je vais annoncer partout que c’est moi qui m’étais trompé! Cela ne servirait à rien répéta
le tailleur en hochant la tête Que diront les gens? Que le Rachach, qui a
bon cœur, a eu pitié du pauvre tailleur! Pour ramener à celui-ci sa
clientèle perdue et assurer son gagne pain, il a décidé d s’accuser lui-même.
Mais, diront-ils, nous savons bien ...la vérité…»
Force fut au Rachach d’admettre
que le tailleur avait raison. Que faire, alors? Le Rachach sentait qu’il
n’aurait pas de repos tant qu’il n’aurait réparé son terrible tort. Il fallait
trouver quelque chose!
«- J’ai une idée!
Vous avez un fils, n’est-ce pas? Moi, j’ai une fille! Je suis
certain que si votre fils devenait mon gendre, plus personne n’oserait plus prétendre
que je vous donne raison simplement par pitié Tous seront obligés d’admettre
que si j’accepte de conclure un mariage entre nous, la vérité est bien telle
que je la si, et que vous êtes un homme d’une honnêteté qui n’aurait jamais dû être
mise en cause!...
- J’accepte, fit le tailleur, les
yeux brouillés de larmes d’émotion. Dans ce cas, j’accepte de vous pardonner!»
C’est ainsi que le fils de Rabbi
Zalman, le petit tailleur, devint le gendre du Rachach, le Grand de la génération.
Quarante jours avant la naissance
d’un enfant, disent nos Sages, une voix dans le ciel, déclare: «La
fille d’Untel est destinée à Untel!»
Par conséquent, ajoute Rabbi
Schwadron, la fille du Rachach était de toute évidence destinée à devenir l’épouse
du fils du tailleur! Oui, mais… : le tailleur était… un tailleur, le Rachach était le Grand de la
génération!
Comment
un mariage entre eux aurait-il seulement pu être
envisagé ?

Comment?
Ne savez-vous pas
que les voies de la Providence sont innombrables, et qu’elles sont imprévisibles!
Le tailleur irait peut-être emprunter de l’argent et le Rachach, contrairement
à toute éventualité, oublierait d’inscrire que le prêt avait été rendu…
Vous connaissez la suite.
Nous ne prétendons pas
interpréter des évènements qui, certes, nous dépassent… Nous ne
faisons, au
contraire, que raconter une suite d’incidents qui, en réalité, parlent
d’eux-mêmes...
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